🎤 L'interview "Portrait de Boardeuse" : Chrystèle

17 juin 2026 - Thomas
🎤 L'interview "Portrait de Boardeuse" : Chrystèle

Pour ce nouveau portrait de bénévole, nous braquons les projecteurs sur Chrystèle, une figure incontournable de notre paysage local. Secrétaire adjointe de Neuville-sur-Board, elle multiplie avec brio les engagements citoyens entre le comité de jumelage, la MJC et l'association humanitaire Africa Jyambere. Derrière cette rigueur administrative se cache pourtant une joueuse passionnée qui ne raterait pour rien au monde nos mardis ludiques. Nous l'avons interrogée sur son parcours, sa vision profondément humaine du jeu de société et ses secrets pour encadrer notre très dynamique groupe de joueuses seniors.

Thomas : Salut Chrystèle, tu es secrétaire adjointe de l'association mais également membre du comité de jumelage, du bureau Africa Jyambere et tu aides régulièrement la MJC. Entre tout cet engagement et ton métier dans l'administratif, as-tu secrètement trouvé comment jongler avec tous tes emplois du temps ou bien le sommeil est-il une simple illusion bourgeoise ?

Chrystèle : J’avoue qu’il m’arrive de manquer de sommeil et que mes week-ends ne suffisent pas toujours. Mais j’ai toujours été engagée dans le milieu associatif.

Je suis notamment membre active du comité de jumelage de Neuville-sur-Saône avec Alpirsbach, en Allemagne, et Cabeceiras de Basto, au Portugal. Peut-être pourrons-nous un jour, lors de leur venue, organiser une soirée ou un après-midi jeux afin de partager des moments ludiques avec eux.

Par le passé, nous avions organisé une soirée avec l’association Africa Jyambere. C’était un très beau moment, au cours duquel nous avions appris à jouer à Awélé.

J’aime ce lien que le jeu permet de créer, même quand on ne parle pas la même langue. J’ai eu la chance de me rendre au Rwanda afin de découvrir sur le terrain la réalisation des projets portés par l’association Africa Jyambere : l’accès à l’eau, mais aussi la construction d’une ludothèque permettant aux enfants d’acquérir des connaissances par le jeu.

La ludothèque en construction au Rwanda.

J’ai pu partager des moments ludiques avec les enfants rwandais grâce à des jeux offerts par des écoles neuvilloises, et leur apprendre à jouer au morpion à l’aide d’un jeu entièrement fabriqué par le club ados de la MJC. J’avais également glissé dans ma valise le jeu Punto. Comme quoi, le jeu traverse les frontières.

J’aide également beaucoup la MJC lors d’animations : la Course aux Zombies, où j’étais déguisée en zombie pour effrayer les participants (et oui, j’étais épouvantable, mais c’était très fun !), la Color Run inspirée de la fête indienne Holi, ainsi que de nombreuses autres festivités.

Je m’investis aussi au château de Machy, à Chasselay, dans l’organisation de leurs événements, notamment « À la bonne heure » et leurs soirées d’été. C’est un lieu d’artistes, de passionnés et de rencontres. Lorsque je vois le salon, je me dis qu’une partie d’échecs doit y être tout simplement magique, même si je reste une joueuse débutante.

Thomas : Pour toi, le jeu de société, c'était une passion de longue date ou tu as mis le doigt dans l'engrenage par pur hasard en poussant la porte de Neuville-sur-Board ?

Chrystèle : J’ai toujours joué avec mes parents, mon frère et mes sœurs lors des après-midis pluvieux. Mais le jeu représentait surtout les vacances, lorsque nous avions davantage de temps à partager ensemble. J’en garde de très bons souvenirs : nos parties de dés au Yam et nos innombrables parties de Nain Jaune.

Puis je suis devenue maman. Lorsque mes garçons étaient petits, nous avons beaucoup joué ensemble au Uno, au Mille Bornes et à bien d’autres jeux. En grandissant, ils ont préféré les écrans. Pourtant, aujourd’hui, mon fils aîné revient aux jeux de société avec ses amis. J’ai l’impression que les jeux de société connaissent un véritable renouveau.

En poussant la porte de Neuville-sur-Board au début de l’année 2022, j’ai rencontré d’autres joueurs et découvert une multitude de jeux dont je ne soupçonnais même pas l’existence. À l’époque, nous n’étions qu’une dizaine de joueurs.

Je joue principalement aux jeux d’ambiance, car j’aime que le jeu soit aussi un moment d’échange, de partage et de rires. Gagner ou perdre m’importe peu. Si je viens chaque mardi soir, après le travail, c’est avant tout pour me détendre et passer un bon moment.

D’ailleurs, moi qui suis souvent en retard dans la vie de tous les jours, le mardi est l’exception qui confirme la règle : je suis toujours en avance et j’ouvre la salle pour accueillir les joueurs. Comme quoi, ma motivation pour ces soirées ludiques est particulièrement grande !

Thomas : Quand on est autant impliquée que toi dans la vie associative de Neuville, qu'est-ce que NsB apporte de différent par rapport à tes autres engagements ?

Chrystèle : Souvent, les associations s’adressent principalement à une catégorie de personnes : les sportifs, les chanteurs, les passionnés d’humanitaire ou d’autres centres d’intérêt spécifiques.

Mais Neuville-sur-Board est une association qui peut intéresser tout le monde. Chacun peut trouver sa place autour d’une table, quels que soient son âge, son parcours, son milieu social, sa nationalité. Je trouve cela vraiment formidable. Cette diversité me plaît énormément.

Le jeu possède cette capacité extraordinaire de réunir les gens. 

J’aime aussi beaucoup la dimension intergénérationnelle que l’on retrouve dans l’association. Jouer avec des personnes de tous âges est très enrichissant.

Thomas : Puisque tu évoques cette belle mixité des âges... À chaque événement, tu te transformes en régisseuse exclusive de la fameuse mafia du troisième âge, en leur octroyant d'office une immense table stratégique. Comment fait-on pour maintenir l'ordre auprès d'un tel syndicat du crime sans risquer un jet de dentier vengeur en pleine face ?

Chrystèle : Je n’ai pas encore reçu de coup de canne, mais il faut dire que ce gang de mamies a choisi d’autres armes : beaucoup d’humour, des sourires et une bonne dose de malice. Je les adore.

Elles méritent largement une place à la table d’honneur. Martine, notre doyenne, est née en 1934. Petite, elle jouait au jeu de l’oie lorsque ses frères revenaient du front.

En revanche, il y a une règle non négociable : ne touchez pas à leur table ! Elles ont leurs habitudes, leurs places attitrées et leur territoire. Et sur ce point-là, mieux vaut ne pas contrarier le gang des mamies !

Mais vous pouvez venir faire une partie avec elles, elles seront ravies.

Thomas : L'enquête progresse et le népotisme éclate enfin au grand jour. Il paraît que ta propre mère est infiltrée au cœur de cette cellule criminelle aux cheveux blancs. Est-elle la véritable marraine du réseau, capable de te rançonner tes points de victoire sans la moindre pitié ?

Chrystèle : Ah oui, ma maman est incontestablement la cheffe de la mafia senior !

C’est elle qui mobilise les troupes et appelle ses copines pour être certaine que personne ne rate les après-midis jeux.

Autour de la table, elle adore taquiner ses copines. Elle annonce régulièrement qu’elle va rafler tous les points. Pourtant, dans les faits, c’est surtout l’entraide qui règne à cette table.

Cela dit, il existe peut-être une forme de racket au sein de cette organisation... Rien de très inquiétant : il s’agirait plutôt d’un trafic de parts de gâteau.

Thomas : Mais face à l'avalanche de nos boîtes modernes blindées de figurines et de livrets de règles épais comme le Bottin, quel regard ces redoutables matriarches portent-elles sur notre univers ? Ne regrettent-elles pas la pureté originelle de la belote ?

Chrystèle : Pour le gang des mamies, il existe aujourd’hui trop de jeux différents.

À leur époque, un simple jeu de cartes suffisait à créer des souvenirs mémorables. Cela ne les empêche pas d’apprécier quelques nouveautés. Elles reconnaissent volontiers que les jeux d’aujourd’hui sont souvent magnifiques : plus colorés, plus attractifs et parfois de véritables petites œuvres d’art.

En revanche, elles trouvent que beaucoup de jeux modernes sont bien plus complexes que ceux de leur jeunesse. Les règles semblent parfois très compliquées.

Elles s’interrogent avec leur humour habituel : est-ce que les jeux sont vraiment plus compliqués qu’avant, ou est-ce simplement elles qui comprennent moins vite ? La question reste ouverte...

Thomas : La question philosophique est posée. Pourtant, relever le défi de leur faire franchir le Rubicon de la modernité ludique est un projet fascinant. Quels sont les titres qui font un véritable carton à leur table ?

Chrystèle : Elles ont toujours préféré les jeux de cartes, notamment la belote et le rami.

 Aujourd’hui, elles apprécient également plusieurs jeux modernes. Parmi leurs favoris figurent le Rummikub, le Mexican Train (jeu de domino), le Wazabi (jeu de dé), ainsi que Qwirkle.

Mais s’il ne fallait retenir qu’un seul jeu, leur véritable coup de cœur est sans conteste Skyjo. Elles en sont devenues de véritables expertes. Alors si vous pensez être à la hauteur, n’hésitez pas à venir les défier lors des après-midis jeux… mais ne sous-estimez pas l’expérience du gang des mamies !

Quant à moi, je n’ai pas de formule magique pour leur faire découvrir de nouveaux jeux. J’attends simplement le bon moment. La patience est de mise. Je les laisse d’abord profiter de leur incontournable partie de rami. Une fois cette tradition respectée, elles se montrent beaucoup plus ouvertes à la découverte.

Je privilégie alors des jeux simples, rapides à comprendre et faciles à expliquer. Prochainement, j’aimerais leur faire découvrir Pickomino et Papayoo. D’ailleurs, ma maman les a déjà validés, ce qui est généralement un excellent signe. Quand la cheffe de la mafia senior donne son approbation, les chances de succès sont plutôt élevées !

Thomas : L'expérience surpasse souvent la fougue, et le vice se cache parfois derrière des lunettes de lecture. Y a-t-il un souvenir cuisant où l'une de ces estimables dames t'a administré une fessée ludique mémorable en pleine session ?

Chrystèle : Ah oui, au rami, il ne faut surtout pas les sous-estimer !

Derrière leurs lunettes se cachent de véritables yeux de lynx. Rien ne leur échappe et côté calcul mental, elles sont impressionnantes.

Je me souviens d’une partie où je n’avais pas pu poser une seule carte. Pas la moindre tierce franche à l’horizon pour moi. Pendant que je regardais désespérément ma main en espérant un miracle, Marie-France avait déjà posé toutes ses cartes et terminé la partie !

À ce moment-là, j’ai compris qu’il valait mieux éviter de prendre le gang des mamies pour des débutantes. Elles vous battent avec une efficacité redoutable.

Leur secret ? Quelques pouvoirs mystérieux qu’elles refusent toujours de révéler.

Thomas : Si tu devais recruter de nouvelles têtes pour renforcer ce syndicat senior dans la salle, quel serait ton argument de vente ultime ?

Chrystèle : Si je devais recruter un nouveau membre pour le gang des mamies, mes deux principaux arguments seraient sans aucun doute l’accueil de l’association et la possibilité de côtoyer et de jouer avec des personnes de tous âges.

À Neuville-sur-Board, l’âge importe peu. Autour d’une table, il ne reste que des joueurs, réunis par l’envie de passer un bon moment ensemble. Cette mixité générationnelle est d’ailleurs l’une des richesses de notre association.

Conclusion

Chrystèle : Cela fait maintenant quatre ans que je fais partie de l’association, et j’ai toujours autant de plaisir à venir jouer chaque semaine. Pourtant, les victoires ne sont pas toujours au rendez-vous ! Et ma tête peut être mise à prix. Ah oui, l’humour fait partie de l’association.

J’apprécie aussi beaucoup les soirées à thème, c’est encore plus de fun pour la soirée. L’important n’est pas tant de gagner que de partager un bon moment ensemble. 

Alors, si vous aussi vous souhaitez troquer vos insomnies contre des lancers de dés effrénés ou tenter de négocier un trafic illégal de parts de tarte aux pommes avec le cartel du rami, vous savez désormais où frapper. Le gang des mamies recrute activement chaque mardi soir, et la doyenne Martine vous attend de pied ferme pour vous administrer une leçon de Skyjo dont vos points de victoire se souviendront longtemps.